La manipulation mentale

Une étude de Roland Huckel, professeur de philosophie à Strasbourg

DÉFINITION DE LA MANIPULATION MENTALE

La manipulation mentale se déroule entre un influenceur (un commerçant par exemple) et un influencé (son client). Elle accompagne les tentatives de créer des rapports de forces entre individus et groupes sociaux. Sa stratégie générale est très proche de celle de la lutte millénaire que se livrent les chasseurs et leurs gibiers.

ESSAI DE DÉFINITION

La manipulation mentale est une technique spécifique d'échange: elle consiste pour un influenceur à profiter d'une opportunité pour détourner subrepticement vers son profit personnel et son prestige, les ressources, matérielles et morales, c'est-à-dire les biens et les services, les forces et les faiblesses, les espoirs et les peurs, d'un influencé, de préférence d'un groupe d'influencés.

Une telle forme d'échange est «spécifique» par le fait qu'elle constitue un piège pour l'une des parties.

Exemple, montrant que détecter des manipulations mentales, c'est examiner un roman compliqué.

Par différentes confidences, je connais le cas suivant. Le maire d'une petite commune, qui encourage secrètement les projets politiques de son fils, invite dans son village, au nom de son Conseil Municipal, beaucoup de personnalités influentes de la Région, qu'il estime utiles à la promotion et à la carrière du fils. Celui-ci peine à décrocher ses diplômes scolaires et professionnels. Le père surveille en même temps un ami de son fils, un surdoué scolaire, dont les succès pourraient diminuer les chances de sa progéniture: grâce à de petites complicités de ses employés, il retient ses convocations à des concours, oublie son nom dans les listes de promotion et d'attribution de prix de prestige, transmet avec retard ses demandes d'inscription et d'emploi administratif, déchire ses invitations à des réceptions, etc. Il le guide en même temps vers une voie technique en usant énergiquement de toutes ses relations, en le recommandant chaudement à des industriels de sa commune.

Résultat: son fils est aujourd’hui secrétaire du Député régional, l'ami est ouvrier spécialisé à l'usine du village. Finalement, le maire reçoit les remerciements émus des parents de ce jeune: il renforce aussi sa réputation de maire, efficace et compréhensif ! Toute cette opération se déroule donc entre des influenceurs (maire, préfet, député, sénateur...) et des influencés (le Conseil Municipal, les industriels et les citoyens du village, qui se sentent très honorés par les attentions touchantes des autorités lointaines à leur égard !).

Le manipulateur municipal construit ainsi, de façon insidieuse, un rapport de forces, destiné à privilégier son fils au détriment des autres jeunes de la commune, au détriment surtout de l'ami du fils.

Le maire détourne vers son projet familial les ressources de ses administrés, leur admiration et leur confiance, mais aussi leur ignorance des jeux municipaux des différents pouvoirs.

Ce détournement est subreptice, c'est-à-dire rusé et caché, profitant des opportunités de tromperie, imprévisibles pour le public, que seul le maire connaît ou provoque dans son réseau de relations, frôlant à tout moment la délinquance administrative.

Rapports de forces: maire/village - autorités régionales/ maire - le fils du maire/ les autres jeunes.

Technique spécifique. L'échange de services, social mais clandestin et inavouable, favorise un jeune en défavorisant un autre par une série de petites malhonnêtetés. Comme tous les échanges, celui-ci présente des discordances (on dit: des inégalités ou des injustices) que la négociation trompeuse à comme but d'occulter adroitement !

Le mécanisme est celui de la technique de diversion: attirer l'attention de la victime dans une direction (piston pour l'ami auprès des décideurs techniques) pendant qu'on la trompe dans une toute autre direction (destruction des passerelles entre le jeune et d'éventuels protecteurs). C'est proche de l'art de la prestidigitation !

L'effet de surprise est fondamental au moment de la découverte de la supercherie (par exemple pour l'opposant politique du maire qui, par enquête, aurait démasqué le maire-manipulateur et qui aurait dénoncé publiquement son favoritisme et son népotisme; impact assuré au moment des élections suivantes).

Comme dans la situation du chasseur, le manipulateur a visé une victime, l'ami de son fils, en l'appâtant, en canalisant son destin vers une voie par des «magouilles» administratives, en libérant ainsi la voie choisie pour son fils. Loin d'avoir des regrets, le maire se félicite de sa ruse: il s'est arrangé pour contenter tout le monde, pour recevoir publiquement la reconnaissance de sa victime: le grand art !

Complément à la définition ci-dessus: une manipulation est réussie quand la victime voue une reconnaissance cordiale à son manipulateur dont elle se sent l'obligée toute sa vie. Nous nous approchons là du champ conceptuel de l'«exploitation» et de l'«aliénation» de Karl Marx, prospecté par F.W. Hegel.

LE SECRET DE LA MANIPULATION MENTALE: PROFITER DES OPPORTUNITES DE TROMPERIE !

L'effet de surprise des enquêteurs se situe à la fin d'une longue série d'événements, qui commence à la saisie d'une occasion inattendue par le manipulateur. L'examen de ces saisies d'occasion est primordial pour la compréhension du mécanisme de tromperie.

Ce sont les opportunités de tromperie. Celles-ci favorisent la manipulation mentale dans les domaines, peu vérifiables et très contestées, des théories: théologie, philosophie, psychologie, politique, droit, médecine... Elles sont nombreuses aussi dans les activités subtiles des échanges: commerce, administration, famille, régie des jeux...

Ces opportunités manoeuvrières sont plutôt rares, vite déjouées, dans les domaines, lestés de supports concrets et vérifiables, en mathématique, physique, technologie, chimie et biologie.

SPORT FAVORI DES PUISSANTS DU JOUR: LA CHASSE AUX CRÉDULES

Comme sont organisées et surveillées par les chasseurs les structures de piégeage du gibier, miradors et leurres, les structures manipulatrices sont préméditées et intégrées dans le paysage social. Penser aux architectures des grandes surfaces et à leurs immenses couloirs des tentations, qui ne sont pas dues au hasard, mais aux subtiles «technologies psychologiques de management» : cet euphémisme désigne l'art de piéger les clients en comblant apparemment leurs plus petits désirs.

Plus la crise économique mondiale nous domine, plus les gouvernants se verront obligés de gérer la France avec les méthodes rusées et efficaces des PDG de Supermarché !

Ces structures manipulatrices, installées autoritairement par les pouvoirs,sont réalisées principalement par les difficultés d'accès aux bureaux de direction (ce sont les miradors), conférant une invisibilité, une incontrôlabilité, bref une immunité de fait à tout supérieur hiérarchique (c'est le cas dans l'exemple précédent, les manoeuvres malhonnêtes du maire n'ayant jamais été détectées). Elles passent obligatoirement par les structures ambiguës du langage, à travers promesses et menaces, affiches séduisantes et règlements subtils: c'est la que gît le leurre.

Dans un club, un parti ou une secte, les opportunités manipulatrices triomphent dans les sphères de l'argent, du sexe et du pouvoir.

Ce sont la trois domaines où les pièges sont faciles à poser, où le bluff est tout puissant, où le paraître est, au départ du moins, plus important que les qualités, où la rumeur est plus puissante que la réalité.

TOUT SE PASSE COMME DANS UNE PYRAMIDE A TROIS NIVEAUX

Analogie modale avec la chasse. Dans les trois niveaux d'intensité de l'activité cynégétique, les chasseurs comptent soit sur les rencontres fortuites, individuelles, hommes/gibier (avec extension possible au braconnage), soit sur les battues provoquées localement, surveillées par les gardes-chasses, soit sur les opérations industrielles, réglementées et organisées par des conventions internationales (imposant un examen des candidats chasseurs et un "permis de chasse" - limitant par exemple la chasse aux éléphants, aux phoques et aux espèces protégées).

La puissance des moyens mis en oeuvre et les quantités de proies capturées augmentent dans la même proportion, entre le fusil de chasse et l'hélicoptère des steppes et des banquises.

Il en est de même avec «la chasse aux crédules» que constitue la manipulation mentale: les opportunités de manipulation mentale, avec «mirador et leurres», sont soit fortuites dans le paysage quotidien (Niveau I), soit provoquées localement par les cadres de groupes idéalistes et des administrations (Niveau II), soit organisées mondialement par les fondateurs de partis ou de sectes (Niveau III).

La puissance des techniques utilisées augmente dans la même proportion entre le mensonge, protégeant un secret de familles, et le décret de loi, protégeant les secrets de la fondation ou de l'Etat.

Par rapport aux conflits et aux souffrances causés, ces stratégies sont d'abord douces à la base (Niveau I) mais elles deviennent vite dures au niveau des relais hiérarchiques moyens (Niveau II) puis, au sommet pyramidal, vraiment écrasantes (Niveau III).

Pour comprendre les différences entre ces trois niveaux, je propose d'examiner une partie de chasse organisée:

Niveau III: le Châtelain, propriétaire du terrain, imagine la stratégie à employer par rapport au gibier à abattre;

Niveau II: les chasseurs-titulaires, engagés ce jour, traduisent le plan du Propriétaire en tactiques, chronométrées et localisées;

Niveau I: les paysans et ouvriers rabatteurs attendent les consignes et répètent inlassablement les gestes recommandés.

Dans les contextes politiques, économiques ou religieux, la même triade présente les activités hiérarchisées ainsi:

Niveau III: le fondateur invente la doctrine

Niveau II: le moniteur la dicte

Niveau I: l'adepte la répète

L'inventeur manipule donc autrement que le recruteur et celui-ci autrement que le perroquet de base. Cela veut dire que tous les trois profitent d'autres opportunités, soit de l'acte fondateur et de la gestion générale (Niveau III), soit du prosélytisme de rue (Niveau II), soit de la récitation à voix haute du catéchisme appris (Niveau I).

Dans les trois situations différentes cependant, l'échange piégeant se fait toujours selon la même modalité, selon celle du détournement subreptice des ressources des influences confiants par un influenceur cynique.


LES OPPORTUNITÉS FORTUITES DE TROMPERIE PERMETTENT
LES MANIPULATIONS MENTALES DOUCES

NIVEAU I

Les manoeuvres de manipulation mentale sont douces, à visage humain, dans les relations HORIZONTALES des coutumes, à la base des pyramides hiérarchiques, entre frères, pairs ou adeptes: chacun s'attend à être trompé, chacun est a tour de rôle influenceur puis influencé, manipulé puis auto-manipulateur, manipulateur enfin. L'occasion fait le larron.

A ce niveau, la manipulation mentale compte comme une ruse «normale». Rarement ressentie comme faute ou délit , elle irrite cependant celui qui en est victime !

II s'agit principalement des crises fréquences d'hypocrisie entre notre faire et notre dire, crises renforcées par nos tabous, oublis et refoulements, par nos mythes et légendes, par nos secrets personnels, familiaux et professionnels...

LES STRATAGÈMES PRINCIPAUX DE TROMPERIE RÉCIPROQUES
DE LA BASE QUOTIDIENNE, EN FAMILLE, DANS LA RUE, AU TRAVAIL
  • Usage intensif de la langue de bois séductrice (administrative, publicitaire ou prosélytisme) par simplisme et stéréotypes,
  • dissimulation de faits et simulation d’état d’âme (comédie);
  • bataille vaniteuse d’auto-justification d’une part et de diffamation des rivaux d’autre part;
  • exclamations émues: il s’agit d’incantation rassurante et d’ironie profanatrices;
  • farces et brimades;
  • flatterie, intrigue et délation;
  • éducation moralisatrice (pieux mensonges et saintes colères) tantôt répressives et maniaques tantôt permissives et démagogiques…

Là où l’erreur est fréquente, la tromperie est facile: chaque image de rêve, métaphore, fable ou légende, nous enferme un peu plus dans la cavernes de la superstition et de la pensée magique !

La poésie des récits invérifiables (de nos saints patrons ou célèbres fondateurs), confondue avec la science de l'histoire, illustrée comme par caricature dans l'hagiographie, est la trame de notre auto-mensonge, permanent et flatteur.

Voilà la source de nos mythes fondateurs, paroissiaux et patriotiques (et ces mythes n'existent pas seulement dans les groupes qu'on n'aime pas)

A la fin de ce conditionnement réflexe à l'hypocrisie et à l'auto-manipulation, les gens sont, comme des drogués, victimes de l'accoutumance aux excitations piégeantes; ils ne remarquent pas qu'ils subissent les effets asservissants de l'assuétude (accoutumance) manipulatrice. Les voila fixés mentalement à leur groupe et surtout à l'image (trop belle) qu'ils se font du grand maître !

Manipulés, les adeptes finissent par se croire libres... ne voyant pas les barreaux de leur cage !

Ne sachant pas clairement par quelles manoeuvres ils sont devenus dépendants de corps et d'âmes, ils entretiennent eux-mêmes l’illusion, fondamentale et narcissique, que leur obéissance conditionnée est de la pure liberté: en réalité, ils sont aussi peu autonomes que ne le sont nos oiseaux en cage !

La communauté spirituelle, structurée ainsi sur la diversion et l'illusionnisme, systématique et réciproque, devient la tiède couveuse de la douce manipulation mentale, moralisante et dualiste.

L'embryon d'un parti ou d'une secte est déjà présent. Voilà l'infrastructure psychosociale, qu'installe tout charlatan ambitieux: c'est la rampe de lancement de la conquête du monde.


LES OPPORTUNITÉS DE TROMPERIE ORGANISEES LOCALEMENT PERMETTENT
LES MANIPULATIONS MENTALES DURES

NIVEAU II

Les manoeuvres de manipulation mentale sont par contre dures, productrices de souffrances et de conflits, quand l'influenceur agit en tant que CADRE, RESPONSABLE, FORMATEUR ou THERAPEUTE (ou en tant que caïd à la main lourde) et qu'il organise localement de façon préméditée, méthodique mais biaisée, les opportunités de piéger ses influencés.

A ce degré de gravité, les manoeuvres subreptices prennent une connotation juridique: elles deviennent dolosives, pénalement suspectes. Même si le flagrant délit de manipulation mentale aliénante est difficile à constater par la police (ce que dit aussi le rapport parlementaire sur les sectes de début 1996), la conscience d'êtres malhonnêtes se révèle par les précautions des manipulateurs: créer un alibi, se réclamer d'antécédents ou de circonstances atténuantes...

Du moment que l'acte rentre dans la catégorie des comportements, interdits par la loi, il n'y a plus de manipulation mentale mais ou bien un délit ou bien un crime.

Les criminels se servent d'auxiliaires, payés ou recrutés par force ou par ruse: ceux-ci sont les manipulés. Mais ceux-ci ne se sentent pas responsables et en cas de procès, ils rejettent la faute sur le «cerveau»: ils sont considérés comme n'ayant pas pris de libre décision.

Stratagème, très efficace et courant, des moniteurs: canaliser les foules de telle manière que chacun, individuellement, ait l'impression de suivre son destin personnel !

En changeant de masque selon les circonstances, le recruteur construit un système conscient de tromperie et de fraude, tantôt gendarme sévère, tantôt conseiller amical...

II exerce dans ce but un discret chantage à l'honneur, à l'argent, au prestige...

Si vous voulez ceci (un poste de responsabilité, un revenu honorable, des titres flatteurs...), alors faites cela: suivez les consignes du groupe puis écoutez les signes que je vous donne...

Obéir d'abord: c'est ce que font humblement tous les candidats au bonheur, appâtés ainsi. Ils commencent par suivre à la lettre le règlement intérieur (presque toujours non écrit), l'emploi du temps affiché chaque matin.

Ils ne connaissent pas le «code secret» idéologique qui inspire ces organigrammes par de lourdes intentions d'exploitation et qui appelle par exemple le travail rémunéré, le «service missionnaire», la «pénitence expiatrice», «le sacrifice quotidien ou encore «la B.A., bonne action du jour», sinon «l’exutoire des énergies sexuelles» !

ATTENTION AUX PETITES SAGESSES DES FAMILLES, AUX DICTONS ET PROVERBES,
VRAIES «PEAUX DE BANANE» DE LA PENSÉE !

Le comportement civique des adeptes de sectes, par exemple, est tel que les prisons semblent inutiles dans le pays qu'ils investissent. Les mouvements millénaristes en sont conscients et exploitent l'argument par le stéréotype, démagogique et trompeur, manipulation d'un dicton biblique: «On juge les arbres à leurs fruits : observez comment nous nous comportons et vous aurez envie de nous rejoindre !»

L'usage de proverbes paysans et des principes de grand-mère est souvent de bon conseil dans les situations correspondantes: il sert aussi à cacher le jeu des maquignons (entremetteur malhonnête) !

Les adeptes ne peuvent pas remarquer de l'intérieur que les actes ouverts d'autorité cachent soigneusement les techniques insidieuses de coercition psychologique, que les ordres, donnés sur un ton de neutralité administrative sous le signe de la sagesse du Grand Chef, cachent un plan de mise au pas, d'humiliation systématique mais aussi de mise en appétit pour l'objectif communautaire.

Avec raison, le Dr J.-M. Abgrall distingue les «sectes coercitives», qu'il désigne par SC, de toutes les autres sectes. Les manipulations mentales dures visent cet effet: forcer les gens autoritairement à prendre un comportement déterminé en leur donnant l’illusion de suivre ainsi leur propre élan ! Les détourner de leurs buts individuels vers le but collectif, caché par le Maître ès manipulations, à leur insu et contre leur volonté.

PLUS LE CHEF TRANSGRESSE LES LOIS, PLUS LE PEUPLE RECONNAÎT EN LUI LE SAUVEUR !

Les victimes sont les dernières à pouvoir se rendre compte que, dure, la manipulation mentale accompagne presque toujours une manoeuvre délictueuse, incompatible avec les lois du pays.

  • Cela commence toujours par la vieille tactique des dominateurs, qui divisent les adeptes entre eux pour mieux les piéger: sourires et faveurs accordées aux fidèles; injures et défaveurs (ou exclusions) prévues pour les critiques et dissidents… (cette tactique est terriblement efficace !)
  • Suit la prise de monopole des informations importantes, livrées fidèlement aux uns et livrées, amputées ou déformées, aux autres, selon les impératifs tactiques du moment…
  • Le mensonge, publicitaire ou prosélytique, ne tarde pas à brouiller toutes les cartes…
  • Et très vite, commence l 'arnaque…
  • Suivie de la concurrence déloyale.
  • On évite rarement la corruption,
  • Ou l’exploitation, illégale ou inhumaine, de personnes influencés: en particulier l'abus de l'état d'ignorance, de la situation de faiblesse ou de vulnérabilité, ou de la situation de dépendance de personnes (art. 313.4, 225.13 et 225.14).

Il s'agit principalement d'un jeu de cache-cache des cadres moyens, tiraillés entre les pressions descendant du sommet ou émanant d'un idéal commun, et les besoins des administrés de la base, bref entre l'idéal, pression descendante, et la réalité, pression ambiante!

Astuce principale: sous prétexte de les protéger des manipulations mentales externes du «mauvais monde», le moniteur sectaire cache aux adeptes les manipulations mentales internes. Comment ? En faisant diversion sur le plan affectif.

Il trompe en effet son petit monde, principalement en échauffant émotionnellement les disciples: par des animations emphatiques et musicales, allant jusqu'au survoltage hystérique des chaudes soirées de guérisons publiques et de miracles instantanés, de pieuses transes collectives…

  • par l'entrain collectiviste à d'intenses activités manuelles, commerciales, industrielles ou culturelles,
  • par des exorcismes dramatiques et liturgiques des diaboliques forces du mal, qui rôdent à l'extérieur du groupe,
  • par des longs exercices de passivité, soumise et décervelée, sous prétexte de «méditation spirituelle»,

grâce surtout à des séries de non-dits, d’interdits explicites ou de tabous sévères (par exemple de bilans cachés ou doubles)… qui cachent les ambitions de richesse et d’honneur de l’élite.

L'enjeu est de taille: il s'agit de cacher l'échec permanent de la doctrine proclamée par une fuite en avant, par des initiatives prestigieuses et prometteuses.

A cet effet, les moniteurs renforcent continuellement la foi en les pouvoirs extraordinaires du gourou-surhomme: invocations lyriques, hommages rituels, gestes de soumission (à genoux) et actes de reconnaissance (cadeaux et sacrifices)…

Chaque échec du groupe est systématiquement mis sur le compte des ennemis diaboliques: ce réflexe empêche toute autocorrection du cap, toute amélioration du système, toute modération aussi des frénésies triomphantes !

Par un emploi du temps qui ne laisse aucune minute de réflexion personnelle aux adeptes, les cadres empêchent les doutes de se lever dans les cerveaux des fidèles et de se communiquer !

Il en résulte un climat de transe et de combat: c'est le triomphe du cynisme et de la loi du talion. Espionné et harcelé du matin au soir, le manipulé y subit un magnétisme irrésistible de la part du gourou.

Il ne se rend pas compte qu'il est mis en dépendance comme un toxicomane et qu'il perd sa dignité antérieure d'être humain, seul responsable de ses actes!

Le sectarisme: voilà la tentation de tout groupe égocentrique, menacé par les évènements.

C'est le fier repli sur soi, courant mais inavoué, des groupes orgueilleux et fermés: c'est là le danger qui nous guette tous, parents, cadres, adhérents de clubs, adorateurs d'idoles médiatiques et de leaders de partis !

Ce sont des dérives sectaires, des tentatives de nous enfermer vaniteusement dans une bulle salvatrice et de mépriser ce qui nous agresse: le reste du monde !

Attention: le sectarisme est une attitude qui nous enferme dans une bulle mentale hermétique (dans une «idéologie»). Il est plus fréquent que nous ne pensons et se cache sous des euphémismes comme «Militantisme», «Paternalisme»,

«Syndicat», «Union de défense», «Lobby», «Coopérative», etc.

En période de crise ou de guerre, chaque groupe constitué, associatif ou institutionnel, officiel ou clandestin, risque de produire une attitude de frileux enfermement, de harcèlement des groupes voisins, de culte de la personnalité du leader!

Evidemment, le sectaire, c'est toujours l'autre !

L'INITIATION: À CONSOMMER AVEC MODÉRATION !

La différence est grande entre les sectes à la doctrine explicite et les sociétés secrètes à la doctrine cachée. Le point commun reste cependant l'usage intensif et méthodique des stratagèmes manipulateurs à trois niveaux.

Dans les deux sortes de groupe, il arrive que des maîtres mégalomanes construisent un système hiérarchique pyramidal très pointu et se livrent à des manoeuvres de pression descendante, qui broient les personnalités par des tactiques dures d'aliénation.

L'initiation est une étape importante dans tout système d'intégration sociale, d'éducation et de formation: comment arriver sans initiateur à parler une langue étrangère, à s'insérer dans une nouvelle culture ? Mais l'initiation n'est que la première étape de l'instruction: comme la béquille de l'accidenté, elle a comme but de se rendre inutile le plus vite possible.

L'instruction généralisée des pays développés a remplacé progressivement les antiques stages d'initiation autour de maîtres à penser.

La publication actuelle de la plupart des secrets, médicaux et industriels, militaires même, rend caduques les méthodes traditionnelles, de type pythagoricien, des prestigieux «gardiens de secret» !

Le changement culturel le plus important a consisté à passer de l'obligation de passer par l'initiation payante d'un précepteur, détenteur de secrets, à la possibilité pour chacun de s'instruire dans une école publique puis, toute sa vie, de se recycler constamment, selon son rythme et par décisions libres, en s'aidant des livres, des cassettes, des stages en entreprises, etc. Du coup l'initiation magistrale, privilège des jeunes de la haute bourgeoisie, a disparu (sauf pour les princes et fils de milliardaires) et se trouve remplacée par l'Education Nationale, obligatoire et gratuite, laïque aussi.

Les groupes initiatiques réveillent les vieilles traditions orientales, dont nous avons intérêt à garder le contact et à intégrer la sagesse.

Dans les deux cas, instruction ou initiation, un moniteur peut être tenté de soigner son image de marque, d'imposer à ses élèves ses névroses personnelles ou encore d'augmenter son autonomie individuelle et ses comptes bancaires en asservissant ses disciples.

C'est cela la manipulation dure: le dévoiement des ressources des disciples, qui assure la liberté du maître !

Dans la mesure où l'instruction ou l'initiation assure l'autonomie progressive des clients du formateur, le procédé se débarrasse de ses habitudes manipulatrices: il ne détourne plus insidieusement les ressources des élèves vers les intérêts exclusif de l'organisateur mais il profite autant au maître qu'aux élèves.

En tout cas, quand l'initiation n'est plus une des nombreuses étapes de la formation mais la seule étape prévue dans la «société initiatique», alors la structure du groupe risque d'organiser systématiquement les opportunités, favorables au détournement clandestin des ressources des adeptes en faveur du pouvoir et du prestige d'un seul, du Grand Initiateur ou de son successeur !

Le moniteur d'auto-école qui nous interdirait toute notre vie de conduire notre voiture sans sa présence, nous maintiendrait au niveau de l'assisté permanent, du majeur incapable…

Tous les gourous sectaires sont pourtant des moniteurs surprotecteurs de ce type !

De la même façon, le fondateur ou l'organisateur d'initiations interminables détourne insidieusement les ressources des néophytes, «éternels assistés»: il crée une tension croissante en finissant tout chapitre par l'obligation d'étudier le chapitre suivant. Chaque niveau atteint est rédigé de façon à donner le désir de franchir le niveau suivant, plus difficile et plus cher.

Le diplôme de fin d'initiation de niveau 3 n'est attribué que si le contrat d'acquisition du niveau 4 est signé et des arrhes payées…

Ce chantage continue jusqu'à la mort de la victime !

Ce système est dur, manipulateur, parce qu'il emprisonne les victimes pour la vie dans un itinéraire, obligatoire et unique, sans évasion possible, parce qu'il détourne secrètement les ressources des adultes infantilisés au seul profit du malicieux initiateur !

Voilà pourquoi beaucoup d'adeptes de groupes initiatiques vendent tout leur bien et se jettent dans de longues opérations d'endettement auprès des banques ! Le jour où ils comprennent l'escroquerie de leur faux initiateur, ils le quittent… sans pourtant pouvoir se débarrasser de leur banquier durant dix ou vingt ans !

Tout se passe a priori comme si le néophyte était destiné à rester toute sa vie au stade infantile de l'ignorance ou de la confusion, comme s'il restait toute sa vie un nourrisson qui a encore besoin de son biberon… à tous les âges !

Tout se passe surtout comme si, par la naissance, les uns seraient éternellement des apprentis (des aliénés) et les autres des maîtres (des exploiteurs) !

Quand j'ai dit que les structures de la chasse aux crédules étaient incluses dans nos coutumes et dans nos administrations, j'ai pensé à cette architecture pyramidale des sociétés initiatiques avec ses miradors (les pupitres des Grands Maîtres) et ses leurres rituels (les leçons sophistiquées qui en tombent).

C'est qu'en temps de crise, de guerre surtout, beaucoup d'institutions publiques, comme l'Armée, l'Eglise, l'Ecole et l'Etat… fonctionnent réellement selon le schéma manipulateur des sociétés initiatiques et pyramidales.

Au sommet, elles ont a priori un Grand Initié, un génie, glorieux, infaillible et efficace (gérant aussi bien les écoles que l'agriculture, les affaires étrangères que les finances…) et, à la base, une foule de non initiés (de condamnés à l'initiation perpétuelle), c'est-à-dire de personnes qui, par définition, sont des ignorants, des fraudeurs et des paresseux !

L'ascension hiérarchique se fait à travers mille chicanes et des séries de stages de formation, suivies d'examens de sélection. Mais au sommet, les Grands Directeurs sont élus par cooptation. Dans cette formule, où jouent les recommandations prestigieuses, ce n'est pas le savoir qui décide, c'est le pouvoir de quelques uns qui fait pencher la balance du bon côté : nous nous rapprochons de la définition de la manipulation mentale, comme victoire du pouvoir sur le savoir !

Pourtant l'actif de ces institutions, dans un bilan global, est sans doute historiquement gigantesque par rapport aux civilisations qu'elles aident à construire puis à maintenir. Ne peut-on pas diriger un pays sans entorse aux règles de l'honnêteté ? Je ne crois pas.

La tentation de l'initiation perpétuelle reste cependant rare.

Selon les confidences que m'ont faites des amis rosicruciens, le secret final que Le Grand Maître dit connaître consiste la plupart du temps dans la douce attente du partage de l'amitié avec de grands esprits qui habitent l'espace, mythique et glorieux, de l'égrégore (espace mythique, partagé par la plupart des grandes religions actuelles). Ces «grands esprits du passé et du présent», héros, martyrs, généraux glorieux, poètes et saints, servent alors de noble alibi à l'ignorance de tous (voir les tactiques manipulatrices des comparaisons, des images, des métaphores... qui alimentent notre pensée magique).

Les relations avec les Grands, quels qu'ils soient, recherchent le plus souvent un accroissement de prestige et de pouvoir, court-circuitant tous les savoirs.

Le piston est la manipulation mentale par excellence.

Le plus fascinant des pièges: celui de la captation de prestige !

En réalité, le système initiatique à vie flatte toutes nos vanités: il engendre et entretient notre espoir de capter du prestige ou du charisme, c'est-à-dire de recevoir les révélations d'un secret de réussite auprès d'un gourou glorieux... Le désir narcissique de captation charismatique est notre faiblesse humaine la plus grande.

Il offre méthodiquement aux charlatans l'opportunité de nous appâter de façon irrésistible (à commencer par les titres conférés, les distinctions et décorations attribuées, les médailles exhibées, les privilèges matériels liés à ces responsabilités et promotions…).

ATTENTION À L'EFFET D'EMPOIGNADE: C'EST LE DEBUT DE L'ATTITUDE SACRIFICIELLE

A chaque crise avec le monde extérieur ou avec les non initiés, se produit l'effet hystérique d'empoignade des groupes de pression avec le rival monstrueux. Signes révélateurs: le fanatisme persécuteur, la sorcellerie, la croisade, le racisme,… .

Comme sur un ring de boxe, adversaires, nous nous rapprochons et ne voyons plus que les grimaces menaçantes de «l'autre». Chacun oublie sa bonne éducation et se dit: si je ne tue pas, je serai tué ! Le «moi» étant sacré pour chacun de nous, la violence devient vite extrême !

Dans ce contexte obsidional (délire d’un sujet qui se croit assiégé) de qui-vive stressant, tout le monde est pressé et tombe sur les solutions rapides et immédiates.

Nous avons alors la tendance à éviter les malheurs (le sida par exemple) en culpabilisant spontanément les malheureux (les sidéens) sans penser à chercher patiemment les causes réelles (virus).

Dans le même élan victimaire, nous concentrons tous les défauts sur l'assiégeant, nous allons jusqu'à le diaboliser, nous blanchissant ainsi à bon compte.

Dans tous ces cas, nous utilisons le stratagème de la globalisation hâtive (très courant au niveau doux de la manipulation mentale).

Finalement nous prenons le comportement qui consiste, à chaque obstacle, à accuser quelqu'un de faible de notre entourage pour nous disculper, bref à réagir à un malheur en ajoutant un autre malheur.

Nous en arrivons à chercher la joie puritaine de punir les faibles et les malchanceux pour les sortir de leurs «vices» !

II nous est des lors impossible de supporter la vue d'un frère heureux: nous avons le besoin urgent de le rendre malheureux. Voilà l'attitude sacrificielle. Et deux mille ans de christianisme ne l'ont pas corrigée !


LES OPPORTUNITÉS DE TROMPERIE MONDIALEMENT ORGANISÉES PRÉCÈDENT
LA MANIPULATION ÉCRASANTE

NIVEAU III

Les manoeuvres de manipulation mentale deviennent écrasantes, sur les destins de milliers de personnes, quand l'influenceur est un FONDATEUR de groupe (ou son successeur) qui prétend détenir, à lui seul, le monopole des formules de bonheur, de sagesse et de vérité, bref de salut.

Le patriarche, glorifié par sa mystification fondatrice, organise alors la planète en institutionnalisant les opportunités de manipulation mentale, habillant de peaux d'agneau uniformes ses loups de service (premier stratagème) !

En simulant des «révélations divines» très opportunistes (deuxième stratagème), il exerce secrètement une forte pression, VERTICALE, du haut de son sommet hiérarchique à la façon des prestidigitateurs.

II confie les responsabilités aux adeptes les plus dévoués, non aux plus compétents (troisième stratagème).

Par sa surprotection paternaliste, il démobilise les autodéfenses personnelles des disciples et en fait des esclaves béats.

Sécurisés, déréalisés et fascinés, les zombies pensent et parlent, canalisés par les clichés obsessifs du groupe. Ils se proclament heureux (succès du quatrième stratagème) !

Les voila complices enthousiastes des délits commis sur ordre de leur «sauveur» (cinquième stratagème):

  • quête non réglementaire sur la voie publique,
  • violences et voies de fait ou séquestration des adeptes punis,
  • détournement de mineurs,
  • non-représentation  d’enfants aux grands parents,
  • entrave à la liberté d'opinion et de la presse,
  • entrave à l’exercice des droits civiques et démocratiques (service militaire, élections),
  • entrave à la scolarisation des enfants, à leur vaccination,
  • non respect du code du travail, des obligations de couverture sociale, des Droits de l'Homme, etc.
  • des termes emphatiques cachent la criminalité: tuer l'ennemi, c'est «purifier la planète» (sixième stratagème) !
  • au nom de leur Dieu ou de Satan, les militants sont amenés à commettre les pires forfaits,
  • discrimination et injure raciales,
  • outrages aux bonnes moeurs, proxénétisme,
  • fraude fiscale,
  • exercice illégal de la médecine,
  • torture des suspects,
  • incitation au suicide,
  • parfois homicide et appel à l'ethnocide,
  • terrorisme, etc.
  • satanismes, des parents vont jusqu'à offrir leur bébé à un rituel meurtrier !

BEAU MAIS DANGEREUX: LE CERCLE MAGIQUE !

Dans ce climat de totalitarisme dramatique, le gourou arrive, par ses rites hypnotiques d'envoûtement, à enfermer ses disciples corps et âmes dans un «cercle magique» (septième stratagème): là l'impossible - par exemple le voyage sur Sirius par suicide - paraît tout a coup possible, désirable même ! Garant de tels espoirs fous, l'escroc devient idole, parfois «dieu», transforme ses adorateurs en âmes damnées, en drogués de son délire.

Son chantage final (huitième stratagème): «Adhérez à mon groupe de purs ou bien disparaissez, impurs, pour l'éternité» est le chef-d'oeuvre du détournement insidieux des peurs et espoirs des marionnettes vers le profit et le prestige du seul tireur de ficelles !

OPPORTUNITÉ SUPRÊME DE TROMPERIE: LE NON-DIT DE MANIPULATION MENTALE

Dans les situations de détresse ou de catastrophe, chacun de nous se donne le droit de tromper un influencé dans le but de le sauver. C'est le droit, non-dit, de légitime manipulation mentale: voilà la justification de la déprogrammation d'adeptes, de la diplomatie, des services secrets, des guerres préventives…

Les fondateurs utopistes exploitent ce droit non dit, humainement bien compris et admis par tous, en inventant une doctrine d'urgence (neuvième stratagème): ce sont les idéologies de type colonialiste ou humanitaire, révolutionnaire ou millénariste, fondamentaliste, intégriste ou apocalyptique, etc.

Le plan d'urgence décrété leur confère le droit de vie et de mort sur leurs fidèles terrorisés. Les voilà tyrans paranoïaques, dictateurs sinistres !


RAPIDES CONCLUSIONS

Piégé (I) puis dégradé (II), le manipulé est finalement remodelé, décervelé et redéfini (III) par le manipulateur

Il a perdu son autonomie en renforçant celle de son maître ès tromperies, devenu un autocrate. Il n'est plus une personnalité, unique dans l'histoire mondiale, mais l'un des milliers de clones interchangeables d'une série idéologique…

Le manipulateur, c'est donc aussi celui qui augmente sa propre autonomie de décision en rendant ses victimes totalement dépendantes et obéissantes: bref il occulte le savoir et prend le pouvoir !

La manipulation mentale est l'auxiliaire permanent des infractions à la loi.

Les opportunités de tromperie, qui inspirent les manipulateurs, sont souvent, on l'a vu, des projets qui violent les lois. En réalité, il ne se commet pas de délit ni de crime sans approche et prolongement manipulatoires (guet, complicité, infiltration, recel, cache…).

L'analyse de la manipulation mentale concerne donc la police, le judiciaire, la détection de l'escroquerie spirituelle, la protection des mineurs.

La manipulation mentale est la clé universelle du crime.

LA MANIPULATION MENTALE EST RARE

Même si les énumérations précédentes donnent l'impression qu'elle est présente partout, la manipulation mentale est exceptionnelle dans la journée d'un honnête homme et se présente surtout en période de difficultés sociales.

Non, tout le monde n'est pas manipulateur ! Tout au contraire !

Préparer patiemment les jeunes et la population à l'autonomie progressive, idéale de l'éducation civique moderne, voilà le contraire de la manipulation mentale.

C'est alors le savoir qui transmet le savoir, tandis que la manipulation mentale est, comme la magie et l'hypnose, le pouvoir impatient qui écrase le savoir et qui fabrique des citoyens décervelés.

Pourquoi tous les pouvoirs protègent les manipulateurs ?

Les puissances en place se sentent protégées par les réflexes manipulateurs des gens et ne les interdiront jamais ne supportant pas d'être démasquées, elles empêcheront toute analyse du mécanisme de manipulation mentale.

Les conservateurs par exemple tolèrent difficilement tout ce qui risque de diminuer l’autorité institutionnelle; ils se sentent agressés par la dénonciation de leurs stratagèmes durs et écrasants. Mais les dénoncer les trahirait !

Les réformateurs au contraire rêvent de manipuler secrètement le pouvoir pour le renverser: la révélation détaillée de leur stratégie risque de faire échouer leur conspiration ! On fait semblant de ne rien entendre !

De droite ou de gauche, aucun pouvoir ne peut permettre l’analyse publique de ses méthodes les plus occultes ! En même temps, aucun pouvoir ne veut se priver de pratiquer ses manipulations mentales à l'ombre.

Aucun pouvoir ne veut renoncer à la joie de maîtriser, de terroriser au besoin, la population et d'en recevoir les hommages bruyants de reconnaissance électorale.

Le moyen qui obtient le plus rapidement ce but, c'est la manoeuvre de détournement adroit des forces et faiblesses populaires !

Bref, la manipulation mentale est indispensable aux sommets hiérarchiques parce qu'elle est une réaction, archaïque et tribale, qui glorifie magiquement le discours politique et le facilite !

Un chef n'est pas un «bon berger» !

Attendre des pouvoirs publics qu'ils diminuent les manipulation mentales ou qu'ils punissent ou arrêtent les manipulateurs, partisans ou sectaires, qu'ils fassent des lois qui sanctionnent les manoeuvres malhonnêtes, c'est attendre des loups qu'ils s'arrachent leurs crocs !

Les questions angoissées qui prennent les gens à chaque révélation sur les scandales des sectes: «Mais pourquoi le gouvernement n'empêche-t-il pas ces gourous de provoquer de telles catastrophes ?», montrent que la plupart des citoyens voient encore un bon père dans le Chef de l'Etat, un protecteur universel !

Ils n'ont pas compris qu'il s'agit plutôt dans la plupart des cas d'un sur-protecteur ou d'un super-gourou: en dénoncant trop explicitement les méthodes cyniques des petits bergers locaux, gourous et leaders «charismatiques», il révélerait ouvertement ses propres méthodes, expéditives et sacrificielles, de Grand Berger !

Attention: le cliché pieux de «bon berger» nous cache le fait que ce professionnel de l'élevage ne conduit pas son troupeau au bonheur général mais à l'abattoir final.

Le «gentil berger» est même l'archétype du manipulateur: il détourne insidieusement, en déclarant «aimer» ses bêtes, les forces et les faiblesses de ses moutons et brebis vers son seul intérêt égoïste et son compte bancaire !

Aujourd'hui je sais que l'attitude sacrificielle n'est pas une fatalité, qu'elle peut devenir consciente (comme chez René

Girard ou Gabriel Vidal) et surtout qu'elle forme la situation optimale pour tous les manipulateurs d’opinion, monarchiques ou démocratiques, scientifiques, politiques et religieux !

Eviter d'être manipulé, c'est pour nous tout d'abord détecter les mécanismes sacrificiels des clubs et groupes qui nous séduisent…

Une fois fondés, les groupes sacrificiels ne peuvent plus se corriger, ils ne peuvent que condamner verbalement le monde entier, le menaçant de catastrophes. Si cela ne suffit pas, ils procèdent automatiquement à l'autosacrifice rituel: les exemples récents sont tragiquement éloquents !

Il n'y a qu'une solution: des groupes de ce genre, les fuir aussi vite que possible !

La manipulation mentale est surtout une dérobade aux exigences de recherche efficace et produit à long terme l'échec des entreprises. Ce qui est grave, c'est que l'attitude manipulatrice (dans les groupes illettrés surtout) nous interdit l'accès au monde complexe de la technologie et de l'industrie.

L'éducation à l'esprit scientifique nous rend au contraire allergique aux manipulations mentales, parasites du savoir.


LES MALENTENDUS LES PLUS COURANTS SUR LA MANIPULATION MENTALE

1. MAIS TOI AUSSI TU...

Sans le repérage des stratagèmes de manipulation mentale «douce», les structures de la manipulation mentale restent indiscernables et incompréhensibles. Subsiste toujours le risque de s’entendre dire «Mais toi aussi tu simules, tu triches, tu manipules: pourquoi m’accuser moi ?».

Cet argument relativiste «mais toi aussi tu…», s’il n’est pas corrigé par d’autres critères, est tendancieux et spécieux. Il fait fonction en effet de bouclier blanc car il cache et protège les champions manipulateurs, les sophistes de tous bords, syndicalistes et universitaires !

Mais celui qui veut vivre sans manipulation mentale, dure ou écrasante, résiste au réflexe du talion et pardonne à ses bourreaux … Il risque ainsi d’être la lanterne rouge de son groupe, la victime émissaire de toutes les épurations. Il restera longtemps incompris, sans prestige, sans pouvoir ni richesse: voilà le modèle de vie non manipulatoire, non sacrificiel aussi, issu d’un choix existentiel.

L'utilisation brute des concepts «contrôle mental» et «manipulation mentale» sans précision des modalités est donc elle-même une tactique de manipulation mentale, celle de simplisme ou de «globalisation native».

Accuser quelqu'un d'être manipulateur, c'est en effet un compliment, synonyme de «renard» (de même qu'accuser un catholique d'être un «pauvre pécheur» n'est pas une insulte, mais un cliché banalisé).

Ce découragement est aussi entretenu par la confusion entre l’influence continue, exercée par toutes les familles, autorités et institutions et les techniques opportunistes, discontinues donc, appelées ici manipulation mentale.

L'influence continue englobe les manipulations mentales, comme la caserne englobe les commandos militaires qui s'y forment, en partent et y reviennent.

Cette influence figure dans la définition des manipulations mentales par ses deux acteurs principaux: l'influenceur qui profite d'une opportunité… et l'influencé qui est la victime du détournement de ses ressources.

On pourrait dire aussi «contrôleur et chasseur» en amont de la manipulation mentale et «contrôle et gibier» dans l'aval.

Sans contrôle mental il n'y aurait pas de manipulation mentale et sans manipulation mentale il n'y aurait pas de contrôle mental.

Le contrôleur mental, le plus efficace et le plus universel, est l'institution. Celle-ci recourt en effet aux services des lois, des représentants des lois (police, armée, tribunal, prison…) et du devoir civique d'obéissance de chacun pour maîtriser les citoyens ou les fidèles en réglementant leurs COMPORTEMENTS, en imposant scolairement sa méthode de REFLEXION, en canalisant festivement et rituellement leurs EMOTIONS et en censurant les flux d'INFORMATIONS.

Par imitation chaque dirigeant, chaque père de famille, chaque gourou aussi, copie cette méthode de domination en jouant sur les quatre touches du clavier. (comportement/réflexion/émotion/information) Le subordonné, enfant, élève ou employé, fait de même de bas en haut pour influencer les cadres dans les contre-manipulations (grève, bouderie, sabotage, révolution...).

Il apporte une information qui va modifier le comportement du chef (par exemple en lui annonçant faussement l'arrivée d'un inspecteur !) ou encore il simule une admiration par ses applaudissements pour obtenir un changement de principes de la direction, de nouveaux critères de rémunération, donc un autre contrôle des réflexions, etc. Le totalitarisme hitlérien, que j'ai vécu du dedans, a représenté le triomphe de ce jeu de clavier des «contrôles mentaux», en vue de la germanisation et de la nazification de la population alsacienne.

Pour les écologistes ce sont les multinationales, pour les églises ce sont les sectes, pour les marxistes ce sont les religions qui nous manipulent… Ceux qui s'adonnent à ce manichéisme primaire sont eux-mêmes à leur insu d'excellents manipulateurs, de type dur, aveuglés par «l’effet persécuteur d'empoignade»… selon lequel «le manipulateur, c'est toujours l'autre», dans le camp du diable !

La «mauvaise foi» caractérise le degré dur de manipulation mentale: elle consiste à exploiter subtilement les faiblesses logiques des auditeurs en opposant les faits détestables des uns (le prosélytisme des sectes) aux nobles principes de l'autre camp («le témoignage chrétien qui doit être conçu comme un témoignage de vie et un dialogue fraternel, comme un service d'amour gratuit…»). Le prêtre qui parle ainsi (dans les publications des associations d'aide aux manipulés) ne remarque pas qu'il glisse du registre des faits négatifs des adversaires à celui de ses propres principes positifs, du «c'est ainsi» (dans les sectes) au cela «doit être ainsi» (dans l'église)!

Les militants utilisent souvent ce croisement de fers malhonnête: «Vous, les païens, vous vous haïssez / nous, les chrétiens, nous avons la loi de la charité !» - «Vous, capitalistes, vous parlez de justice; nous, les communistes, nous vivons justes !».

2. LA MANIP EST PARTOUT !

C'est l'impression que nous avons en lisant les ouvrages spécialisés !

Oui, la manip douce est partout. Non, la manipulation, dure ou écrasante, n'est pas partout: elle ne fonctionne pas dans l'éducation des jeunes et des citoyens à l'autonomie ni dans les lieux ou règne la méthode patiente de la science expérimentale.

La manipulation mentale, «technique d'échange», est contrôlée mentalement par la hiérarchie: les manipulateurs, doux et durs, de la province sont donc eux-mêmes les marionnettes des manipulateurs écrasants de la capitale !

Le rapport sur les sectes de l'Assemblée Nationale Française, début 1996(p.21), distingue les 100 000 sympathisants des 160 000 adeptes et, sur les 172 sectes énumérées, il estime que 40 sont dangereuses, soit 23 %. Autre façon de dire que la manipulation mentale est douce pour les sympathisants, dure pour tous les adeptes, mais en plus écrasante pour les membres des 40 sectes les plus dangereuses.

Mais la population sectaire représente à peine 0,4 % de la population française ! La manip dure n'est donc pas partout: elle est évitable !

3. POURQUOI DÉNONCER LES MANIPULATEURS, LES GOUROUS ?

«L'histoire montre qu'il y en a toujours eu et qu'on a toujours médicalisé et criminalisé les marginaux en les persécutant»

Ce discours, relativiste et réducteur, qui se base sur le réflexe du «mais toi aussi tu…» constitue une dérobade, une capitulation même.

Il est de fait une complicité avec les délinquants et les criminels car il les protège de toute enquête complète. Parlent ainsi ceux qui n'ont pas vu leur fils happé par un parti extrémiste ou une société secrète, ceux qui n'ont pas été eux-mêmes embrigadés de force par un fascisme ou par des organisations totalitaires !

Quel que soit le contexte, un mensonge reste une malhonnêteté, un «péché» pour la conscience du charlatan; un vol reste subjectivement un délit dans l'idée du voyou, qui se cache à cet effet !

Avec un tel discours fataliste, l'esclavage serait encore pratiqué «ayant toujours existé» !

L'argument, relativiste et victimaire, est valable mais seulement à l'intérieur d'un paramètre qui examine aussi d'autres sortes d'arguments. Ne recourir qu'a des paramètres tronqués, voilà la manipulation dure la plus courante et la moins détectable !

Les protecteurs des manipulateurs sont ou bien les gens non informés, victimes et supporters, ou bien les gens trop bien informés, au sommet hiérarchique d'une entreprise, qui en tire tout le bénéfice.

Chaque institution, religieuse ou politique, couvre ses agents, mêmes criminels, et dénonce d'autant plus fort les crimes des agents adverses !

Etouffer les scandales internes, voilà ce que la manipulation réussit facilement !

Fermer les yeux, c’est la tactique, trop bien connue, des responsables face à leur bavures et face au victimat d’une fraction des administrés: c’est le résultat de la «mauvaise foi», de la manipulation mentale dure.

Nous tous qui fermons les yeux en restant indifférents au sort des victimes des partis et des sectes, nous protégeons les escrocs de l'idéologie et de la spiritualité, nous aidons à former et à financer les pollueurs de notre paysage religieux et les destructeurs de notre civilisation !

Roland Huckel - Strasbourg - Mai 1996

 

«Les trois degrés de la manipulation mentale» (version courte datée d'avril 1996

 

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